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Publié par CLCV de la DROME

Center Parcs des Chambarans: une incohérence!

PRESENTATION DE LA CLCV

La CLCV est une association de défense des consommateurs et des usagers engagée dans une démarche de développement durable.

CLCV signifie consommation, logement et cadre de vie. La CLCV a donc 3 secteurs d’activités. Elle intervient aussi sur des thèmes transversaux tels que l’eau, l’assainissement, les énergies, les transports, la santé... ; elle représente les usagers dans plusieurs commissions départementales notamment les commissions locales de l’eau. Son action auprès des consommateurs est animée par un souci d’éducation populaire et d’écocitoyenneté.

INTERVENTION

C’est à la CLCV qu’incombe de présenter l’impact économique et sociale du projet.

Installer une bulle tropicale maintenue à 29°C dans les Chambarans appelés « terres froides », créer 1000 cottages en forêt, dans un secteur géographique mal desservi par les transports en commun n’entre pas dans le cadre du développement durable et les économies d’eau et d’énergie prônés par les pouvoirs publics et le grenelle de l’environnement.

Les Chambarans sont le château d’eau qui alimente les nappes du bas-Dauphiné et de la Plaine de Valence. Ces nappes sont déjà fragiles. La nappe de la Galaure demeure en baisse avec des niveaux sous les valeurs décennales des basses eaux en 2011 ; celles de la Bièvre sont vulnérables surtout en été. Ces zones ont été reconnues par l’agence de l’eau comme à protéger prioritairement.

Les besoins en eau du seul Centre Parc sont de 880m3 par jour avec des consommations de pointe instantanées de 150m3 par heure. La consommation d’eau augmenterait d’environ 15%. L’arrêté préfectoral autorise un prélèvement annuel 3 fois supérieur à celui d’aujourd’hui. Au lieu de limiter la consommation d’eau, on va l’augmenter aveuglément. Cette situation sera encore aggravée du fait que les eaux usées ne sont pas traitées et rejetées sur place.

La disparition d’une grande partie des zones humides et le défrichage des bois va diminuer la zone de rétention d’eau et son rôle régulateur aussi bien en cas de crue qu’en cas de période de sécheresse ; ces zones humides jouent également un rôle de filtration et contribuent fortement au maintien d’une eau de bonne qualité.

Si la quantité et la qualité de l’eau diminuent il y aura forcément une répercussion sur le prix de l’eau des consommateurs drômois. Si la quantité d’eau devient insuffisante, va-t-on demander aux agriculteurs d’abord et aux consommateurs drômois ensuite, de restreindre leur consommation d’eau pour permettre le fonctionnement de l’Aquamundo du Center Parc.

Ce projet est également incohérent par rapport aux enjeux de la transition énergétique et des politiques publiques d’économies d’énergie.

La consommation d’énergie pour maintenir la température de l’eau de l’Aquamundo à 29°C, le déplacement de 5000 touristes 2 fois par semaine, celui du personnel et de l’approvisionnement par camion, bref, le fonctionnement d’une ville de 5000 habitants, et les infrastructures nécessaires vont entraîner des pollutions atmosphériques, sonores et lumineuses, avec des conséquences notamment sur la faune et la flore dans une zone particulièrement riche ; l’impact de ces pollutions n’a pas été étudié dans la zone délimitée. D’une part, on accroit les pollutions et dans le même temps, on supprime des hectares de forêt et de zones humides capables d’absorber une partie du dioxyde de carbone et de diminuer les conséquences du réchauffement climatique.

A notre connaissance, les concepteurs du projet n’ont pas prévu dans la conception, la construction et le fonctionnement du projet, un équipement à énergie positive, ni un habitat adapté aux salariés qui feront fonctionner cet équipement ; les déplacements des touristes sont prévus par véhicule automobile (vu la dimension des parkings); le projet ne développe pas les transports en commun à partir des agglomérations.

Les défenseurs du projet mettent en avant la création d’emplois et les recettes fiscales. Ils ne disent mot sur les subventions des collectivités locales.

Qu’en est-il du modèle économique de Center Parc Pierre et Vacances ?

Il consiste à créer un projet en limitant tout investissement financier et donc tout risque de sa part.

D’une part, il demande aux collectivités d’implantation de faire des efforts, d’apporter tous les services publics ainsi que des subventions. Par exemple à Roybon, le mètre carré de terrain a été acheté par Pierre et Vacances à 30 centimes d’euros alors que le prix officiel est de 18€ le mètre carré soit 60 fois plus élevé, soit un cadeau de 36 millions d’euros de la commune de Roybon qui va en plus dépenser 4 millions pour son contournement. L’ensemble des subventions des collectivités territoriales (CG, Région, Communauté communes…) s’élèvent à 37 millions 400 000 euros. Les retombées seront-elles à ce niveau ?

D’autre part, les cottages sont réalisés par Pierre et Vacances et vendus à des investisseurs qui peuvent bénéficier d’une déduction fiscale. Les prix de vente voisinent 5000€ le mètre carré ; ces prix élevés sont possibles grâce à des niches fiscales (CENSIBOUVARD) qui permettent aux investisseurs de déduire de leurs impôts entre 20 et 30% du bien (remboursement de TVA, amortissement fiscal…).

« Pierre et Vacances » reverse ensuite un loyer aux investisseurs qui signent donc un bail commercial sur 9 ou 10 ans. Pierre et Vacances est locataire unique et le loyer est garanti que le bien soit occupé ou vide.

Au terme du bail, celui-ci peut être renouvelé mais la plupart des investisseurs préfèrent partir plutôt que de subir de fortes baisses de loyer et d’avoir à supporter des travaux de rénovation importants. Les propriétaires se regroupent face aux pressions de Pierre et Vacances. Ils se rendent compte qu’ils ont acheté un bien surévalué et que Pierre et Vacances entend faire des économies sur leur dos. L’image de Pierre et Vacances en est écornée.

En échange de leurs investissements, les collectivités territoriales bénéficient de rentrées fiscales nouvelles et de retombées économiques, notamment des emplois.

Pierre et Vacances promet la création de 700 emplois, soit 468 équivalents temps plein. Beaucoup d’emplois sont précaires par exemple, 12h par semaine soit 300€ par mois environ qui ne sont viables que forcément complétés par le RSA. Dans les Center Parc plus anciens, on constate un turn-over important, les salariés venant de plus en plus loin ; beaucoup d’emplois sont des emplois indirects par des entreprises extérieures.

Eu égard au financement de l’état par les niches fiscales et aux subventions des collectivités locales (112 millions d’euros au total), un emploi couterait 239000€ à la société ! Autant dire que les salaires seront payés pendant 10 ans par la société. Un emploi d’avenir coûte de 10 à 15 fois moins cher.

La création d’emplois, oui. Mais quels emplois et à quel prix ?

Autres retombées économiques attendues: recettes fiscales 1 million d’euros par an pour la taxe de séjour, 1 million d’euros par an pour la taxe foncière.

La restauration est fournie par une entreprise européenne. Rien n’est prévu pour la filière bois locale.

Est-ce le rôle de l’état de favoriser un tel système économique ?

L’investissement de l’état et des collectivités territoriales, pour un parc immobilier du tourisme qui arrive à saturation, ne serait-il pas mieux utilisé pour développer des filières locales (filière bois), des énergies nouvelles (éoliennes), des maisons de retraite qui manquent cruellement et pour développer un tourisme local diffus (gites, campings, accueil à la ferme, petite hôtellerie…) qui préserve l’environnement et profite aux acteurs et professionnels locaux ?

Le Département de la Drôme a eu la sagesse de refuser sur Montmiral la demande d’implantation de Pierre et Vacances et de favoriser des équipements qui apporteront de réelles retombées pour tout le territoire.

CONCLUSION

Le projet de Center Parc suscite beaucoup de débats depuis le début. La CLCV ne comprend pas comment un tel projet a pu être envisagé, puis autorisé par le Préfet de l’Isère alors qu’il est incompatible avec :

- le grenelle de l’environnement

- le schéma d’aménagement et de gestion des eaux du bassin Rhone-Méditerranée

- avec la loi sur l’eau ; alors que les 3 experts de l’enquête publique ont donné un avis défavorable et que les études prescrites en 2010 par la DREAL n’ont toujours pas été réalisées.

Comment est-il possible que l’enquête publique ait été limitée à la seule commune de Roybon alors que le Center Parc aura un impact sur les villages voisins, sur les territoires alentours de la Drôme, et particulièrement le Bas-Dauphiné et la Plaine de Valence ?

Comment expliquer que les travaux ont été lancés immédiatement sans que les délais de recours soient respectés ?

Pierre et Vacances est-il au-dessus des lois ?

L’administration est-elle éblouie à ce point qu’elle en oublie de faire respecter les lois et règlements ?

Devons-nous faire confiance à la justice pour défendre l’intérêt général ? (Un projet de Center Parc dans le Morvan a été abandonné en 2003 suite à l’annulation par le Tribunal administratif de l’arrêté préfectoral autorisant le projet).

Pouvons-nous espérer un sursaut de sagesse de la part des élus ? Le Conseil Général de la Drome demande aux promoteurs de revoir son projet. Pourrait-il aussi provoquer rapidement une réunion de la CLE ?

Est-il trop tard pour envisager de mettre en place une instance de concertation entre collectivités territoriales, services déconcentrés de l’état, agence de l’eau, dédiée à la remise à plat du projet ?

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